Les
raisons de la fluctuation des cours depuis 2003 :
tensions internationales et contraintes techniques
La variation des cours du pétrole, qui ont quadruplé entre 2002 et 2008, est le résultat d’une combinaison de
facteurs géopolitiques, économiques et techniques.
Les facteurs géopolitiques
Ressource stratégique extrêmement lucrative, le pétrole attise les convoitises. La volonté de s’approprier ou de contrôler des réserves pétrolières peut être un facteur déterminant de déclenchement de conflits internationaux, impliquant l’engagement des grandes puissances ou, au contraire, limités à deux États voisins.
L’impact politique du pétrole se ressent en outre au niveau interne. Pour la plupart des États producteurs, l’exploitation de pétrole se traduit par le développement d’une économie de rente. Cette perturbation du système économique se répercutant sur le système politique, le pétrole se transforme en un facteur de déstabilisation politique et sociale. Dans les cas extrêmes, des pays sombrent dans des guerres civiles dont les ressorts sont directement pétroliers.
Les foyers de tensions qui s'accumulent dans les pays producteurs de pétrole sont la principale cause de l'envolée récente des cours du baril de brut. Le Moyen-Orient constitue le principal facteur de tension sur les marchés. Redoutant une interruption durable des approvisionnements ou le blocage du détroit stratégique d'Ormuz, les opérateurs réagissent à chaque nouvelle en provenance des deux principaux fronts actuels de tensions : la crise autour du nucléaire civil iranien et la guerre en Irak. A cela s'ajoute la permanence de la menace terroriste dans certains pays producteurs du Golfe. D'autres pays producteurs - Venezuela, Tchad, Russie - sont également dans une situation jugée "inconfortable" et les opérateurs des marchés scrutent avec inquiétude l’évolution interne de ces pays. Les foyers de tension internationale affectant les cours du pétrole ne concernent pas uniquement les pays producteurs : les tirs de missile et essais nucléaires nord-coréens ou la guerre au Liban durant l’été 2006 comme les affrontements entre Turcs et Kurdes dans le Nord de l’Irak en 2007 ont entraîné des perturbations sur les marchés.
La guerre en Irak
Plus de cinq ans après l'invasion du pays par une coalition internationale menée par les Etats-Unis, l'Irak est toujours plongé dans l'incertitude politique et le chaos économique et social.
Les sabotages à répétition des infrastructures pétrolières par les opposants au nouveau régime maintiennent la production autour de 2 millions de barils par jour, soit un niveau de production inférieur de 40 % par rapport à celui d'avant-guerre. (Soit 2,8 millions de barils par jour en 2003, soit 3,3 % de la production mondiale. Le ministre du Pétrole irakien Hussein Chahristani a annoncé des objectifs de 3 millions de barils par jour en 2008 et de 6 millions d’ici dix ans.)
Le programme nucléaire en Iran
Le refus de Téhéran de renoncer à enrichir de l'uranium, malgré les injonctions des Nations Unies et les pressions de la communauté internationale, fait craindre une nouvelle crise de grande ampleur entre les Etats-Unis et l’Iran, quatrième producteur mondial de pétrole.
Téhéran pourrait riposter à toute sanction prise à son encontre en coupant ses exportations -estimées à 2,7 millions de barils par jour - ou en bloquant le détroit d'Ormuz, passage stratégique par lequel transite près de 20 % de la production mondiale de brut.
Le mouvement séparatiste au Nigeria
Au Nigeria, premier pays producteur de brut africain, des militants séparatistes qui réclament l'indépendance de la région pétrolière du Delta du Niger (sud) ont multiplié les prises d'otages et les attaques de sites pétroliers, faisant chuter de plus de 20% la production. Or le brut nigérian est particulièrement prisé pour sa qualité.
Le contrôle étatique du pétrole en Amérique latine
En Amérique latine, on assiste à un véritable retour au « nationalisme pétrolier ». Au Venezuela, outre les menaces régulièrement proférées par le président Hugo Chavez d'interrompre ses exportations vers les Etats-Unis, l’Etat oblige les compagnies étrangères à s'associer à la société nationale PDVSA dans l'exploitation du pétrole vénézuélien. Le géant pétrolier américain ExxonMobil a pour sa part décidé d’entamer un bras de fer juridique avec l’Etat vénézuélien.
La Bolivie a adopté une nouvelle loi établissant le contrôle étatique sur les réserves d'hydrocarbures du pays, tandis qu'une nouvelle législation en Equateur accroît les impôts des compagnies pétrolières étrangères.
La saison des ouragans dans le golfe du Mexique
Les Etats-Unis sont, de très loin, le plus important pays consommateur (20 % de la consommation mondiale) et importateur de pétrole dans le monde. Leur production est non négligeable, même si elle a tendance à baisser inexorablement depuis plusieurs décennies.
La saison des ouragans, qui dure de juin à septembre dans l'Atlantique, enregistre plusieurs cyclones majeurs par an, et les marchés craignent pour les sites d’extraction off shore du Golfe du Mexique, déjà dévastés par le passage des cyclones Katrina et Rita en août 2005. Les opérateurs montrent donc des signes de nervosité à l'approche de chaque saison des ouragans.
Le rôle de la Russie
Outre la reprise en main des compagnies pétrolières et gazières russes par les autorités de Moscou, celles-ci font de plus en plus pression sur les compagnies étrangères, retirant ou limitant les licences d’exploitation. Dans sa volonté de retrouver une place de premier plan dans les négociations internationales avec les Occidentaux, la Russie est suspectée d'utiliser la flambée des cours et ses énormes ressources énergétiques - elle est assise sur les premières réserves gazières au monde - comme arme de pression.
Les facteurs techniques et économiques
Le manque de capacités de production
La plupart des pays producteurs pompent au maximum de leurs réserves et seule l'Arabie saoudite dispose réellement de capacités de production non utilisées.
Cette faiblesse de marge de manœuvre en cas de défaillance dans l'un des pays producteurs constitue l’un des sujets de préoccupation majeurs des opérateurs de marché. De manière générale, les difficultés rencontrées ces dernières années ont toutefois conduit à une prise de conscience tant des producteurs, qui accroissent peu à peu leurs investissements, que des consommateurs, qui ont renfloué leurs stocks.
Le manque de capacités de raffinage
Les ravages des cyclones Katrina et Rita aux Etats-Unis ont contribué de démontrer les faiblesses des investissements effectués par l’industrie pétrolière. Aucune raffinerie n'a été construite en Europe ni aux Etats-Unis depuis 30 ans et celles qui existent ont souvent besoin d'être rénovées.
Beaucoup sont inadaptées au brut lourd, le seul que peuvent ajouter les pays producteurs à leur offre actuelle. Le manque de produits raffinés contribue à alimenter la hausse des cours du brut.
Une croissance de la demande toujours soutenue
La reprise quasi-simultanée de la croissance dans toutes les économies du monde depuis 2003-2004 a entraîné un boom de la consommation de pétrole aux Etats-Unis et en Chine surtout. L'Asie représente la part la plus importante (70%) de l'augmentation de la consommation (la Chine à elle seule représente la moitié de l'augmentation de la consommation asiatique).
Après avoir augmenté de 11 % entre 1970 et 2000, on estime que la consommation mondiale de pétrole devrait encore augmenter de 30 à 40% d'ici 2030.
La faiblesse du dollar
La faiblesse de la monnaie américaine stimule la demande mondiale de toutes les matières premières libellées en dollars, telles que le baril de pétrole, car elle augmente le pouvoir d’achat des investisseurs et acheteurs hors zone dollar.
Une démographie galopante
La population mondiale actuelle est d'environ 6,5 milliards d'êtres humains. On estime qu'elle passera à 9 milliards entre 2020 et 2050. Même si les pays qui ont la plus forte croissance démographique ne sont pas les plus industrialisés, cette augmentation de la population a un impact sur la consommation mondiale de pétrole.
L'émergence de nouveaux pays industrialisés
Certains pays, comme la Chine et l'Inde, qui représentent à elles deux environ un quart de la population mondiale, sont en plein développement économique. Leur expansion engendre une forte consommation de pétrole. D'ici 2030, on estime que la consommation de pétrole de ces pays émergents représentera 50 % de la consommation mondiale.
L'expansion du secteur des transports
97 % des transports dépendent des produits pétroliers. La mondialisation de l'économie et du commerce implique un important développement du secteur des transports. On estime que les transports représentent actuellement 50 % de la consommation de pétrole ; cette proportion devrait passer à 60 % d'ici 2030. Autrement dit la consommation de pétrole pour le seul secteur des transports devrait augmenter d'environ 35 % d'ici 2030.
Le manque d'alternatives comparables
Les alternatives au pétrole sont peu nombreuses. Les énergies qui ont le plus gros potentiel ne pourront se substituer au pétrole que par une volonté ou une nécessité de rupture avec les traditions issues du pétrole. C'est la raison pour laquelle les agro carburants sont largement défendus par les entreprises pétrolières : ils leur permettent de conserver la mainmise sur les réseaux de distribution, et d'un point de vue de l'utilisation, les agro carburants ne représentent qu'une évolution technologique. Ils ne changent en rien le comportement du consommateur.
L'intérêt des investisseurs et la spéculation
Si les fonds de pension sont massivement présents sur les marchés pétroliers comme sur l'ensemble du secteur des matières premières, ils n'opèrent pas toujours dans une optique spéculative. Selon certains experts, la spéculation amplifie le mouvement de hausse des cours, mais n'en est pas à l'origine.
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